(Traduction : La Chine libre)
La « culture » comprend une large acception, peut-être aussi étendue qu'on peut le désirer. Certains suggèrent qu'elle est une configuration de l'esprit qui marque la vie d'un peuple donné ; d'autres soutiennent qu'elle a un sens plus anthropologique et sociologique pour faire référence à l'« ensemble du mode de vie » d'un peuple donné et implique toutes les formes de l'activité sociale.
Une interprétation plus restrictive, et aussi plus courante, de ce terme dénote les activités artistiques et intellectuelles, y compris les arts traditionnels et la production intellectuelle. Les idéaux et les institutions culturels de de Chine se développent dans les sens les plus larges et les plus étroits du terme.
Dès le déplacement du gouvernement à Taiwan en 1949, ce dernier lança une série de plans pour développer l'île en une province modèle — une manifestation vivante de l'application pratique et concrète des Trois Principes du Peuple (Tridémisme) du docteur Sun Yat-sen —. Suivant l'interprétation de ces directives, les programmes culturels de Taiwan sont tous basés sur l'éthique que le peuple chinois a longuement observée.
Les galeries d'art se sont ouvertes un peu partout dans le pays.
C'est plus qu'une simple nostalgie dans cette évolution. Les programmes culturels ont l'intention très pratique de maintenir la continuité d'un patrimoine qui a les honneurs du temps. Cela implique la conservation du passé et la construction sur lui avec de nouvelles méthodes créatives.
La nécessité de conserver le culturel et de le faire progresser est devenu plus urgent à la fin des années 60 lorsque communiste a lancé sa prétendue révolution culturelle, un mouvement de masse qui n'avait en fait rien de culturel puisqu'elle était destinée à déraciner et détruire le vieux patrimoine culturel de cette époque, à Taiwan, le président Tchang Kaï-chek engagea un mouvement de renaissance culturelle dans le but de sauver et d'enrichir, et non de détruire, l'immense héritage des valeurs chinoises.
Dans cette direction, une commission pour la promotion du Mouvement de renaissance culturelle chinoise fut formée en novembre 1966. Son programme comprenait l'enseignement des traditions fondamentales, comme la politesse et la courtoisie, et le parrainage de divers prix pour les grandes œuvres — activités qui furent entreprises dans le but de stimuler les bases éthiques — de l'héritage culturel chinois. De plus, ces programmes ont aussi financé la recherche en différentes littératures régionales dans le but d'encourager une compréhension plus profonde de la grande diversité de la culture chinoise.
Les arts traditionnels n'ont jamais cessé d'attirer un public fidèle.
L'événement marquant qui a suivi le Mouvement de renaissance culturelle chinois eut lieu en 1981 avec la création de d'Etat à relevant du Yuan exécutif. d'Etat a trois fonctions principales, l'élaboration de programmes pour le développement culturel du pays, l'expansion de la connaissance culturelle chinoise et l'encouragement de la vie culturelle générale de tous les habitants. Dans cette optique, des centres culturels ont été construits dans les principales agglomérations et tous les chefs-lieux de hsien de la province.
La même commission a donné une grande priorité au travail d'adoption de lois et règlements relatifs à la protection de la propriété et des biens culturels. Elle a dressé à la demande du ministère de l'Intérieur une liste complète des sites culturels avec leur estimation, tels que (Chihkan) à Tainan, le Fort San Domingo à Tamsui et le temple de Matsou dans les Peng-hou.
Les lois relatives à la protection de la propriété et des biens culturels actuellement en vigueur ont la particularité de stipuler la protection et l'entretien des paysages naturels. Pour une meilleure application de ces objectifs, fut créée en 'Association écologique de de Chine.
La xylographie est aussi encouragée par l'Etat.
Avec le concours des collectivités locales, la commission a permis de protéger les œuvres et objets artistiques grâce à la création de divers petits musées pour la conservation et l'exposition de chefs-d'œuvre et autres objets d'intérêt folklorique. Pour éviter la perte d'objets de folklore et d'art, elle a aussi encouragé les manifestations et ventes d'objets de folklore à l'occasion de grandes saisons ou événements du calendrier traditionnel chinois. L'un d'eux, devenu populaire, se situe aux approches de la fête des Bateaux-Dragons avec les petits sachets parfumés ou encore les traditionnelles lanternes le quinzième jour du premier mois lunaire.
Les centres culturels locaux qui ont été construits dans le cadre d'un programme culturel national sont bien entendu des installations de premier ordre pour les activités culturelles régionales. Chacun d'eux possède une bibliothèque, une salle d'exposition d'œuvres d'art et une salle d'audition susceptible de recevoir un orchestre ou une troupe de théâtre, d'opéra ou de danse du terroir ou même de l'extérieur.
De plus, nationale centrale a déplacé ses locaux de l'avenue de Nan-haï (Nanhai) à Taipei pour ceux modernes de l'avenue Sun-Yat-sen dans la même ville (voir numéro de juillet-août 1987 de libre) et a été réouverte au public en octobre 1986. Le Théâtre national et l'Auditorium national(1), tous deux sis dans les jardins du mémorial Tchang-Kaï-chek à Taipei, ont ouvert leurs portes un an plus tard. Chacun sur une surface identique présente une architecture traditionnelle légèrement différente mais avec des installations et équipements des plus modernes. Ils sont appelés à devenir le point de mire des grands événements culturels du pays, jouant un peu le même rôle que le Centre Georges-Pompidou à Paris dans le domaine des arts d'exécution.
Parmi les programmes de ce nouveau complexe culturel, un grand festival culturel annuel fut donné l'an dernier sous le sponsorat du gouvernement municipal de Taipei. Ce festival a présenté diverses représentations de danses folkloriques, de marionnettes chinoises, de chants choraux de Taiwan et de pièces de théâtre local. Les autorités municipales taipéiennes ont aussi invité plusieurs troupes de ballet, des vedettes et autres artistes étrangers de renommée internationale. Les programmes culturels offriront un grand choix en tous genres et une chance pour les jeunes talents chinois, ainsi qu'une donnée supplémentaire dans les échanges culturels de de Chine et ses voisins de la communauté internationale.
Le Fort San Domingo, à Tamsui, un havre des marins portugais du XVIe siècle, a été restauré par les amis de l'histoire et de la culture.
Les habitants de Taipei sont devenus ces dernières années beaucoup plus conscients de la « culture » et en ont encouragé le développement dans tous ses aspects. La multiplication rapide de nouvelles galeries d'art est à elle seule phénoménale et est certainement l'indication de l'expansion impressionnante des arts locaux et de l'intérêt du public pour les formes culturelles de l'étranger.
La complexification intense et l'ambiance culturelle de Taipei sont profitables à ses habitants, ainsi qu'à ses touristes. Le musée municipal des Arts modernes et le Centre culturel municipal organisent régulièrement pour le public des conférences, des symposiums et diverses représentations. Même les tournées en ville par bus, originellement organisées pour les touristes et les hôtes officiels, ont été ouvertes au public général pour répondre à la demande de la population qui est aussi intéressée par les musées, les salles d'exposition et autres points culturels qui sont situés dans l'agglomération du Grand Taipei.
Un autre facteur important de cet élargissement de la conscience culturelle est certainement l'activité des media. L'essor des masse-médias de la République de Chine aborde maintenant un autre niveau. Pendant des années, il y avait une grande variété de journaux et magazines, plus les réseaux de la radio et la télévision. A la suite de la récente levée des Décrets d'urgence, on s'attend à une explosion du nombre de publications destinées à la consommation publique, l'indice d'un milieu cultivé sain.
Les macramés chinois sont redevenus à la mode.
Pour référence, il y a environ trente quotidiens édités à Taiwan ; deux d'entre eux, le Tchong-Kouo Che-pao (sous-titré en anglais, China Times) et le Lien-ho Pao (sous-titré en anglais United Daily News), diffusent chacun à plus d'un million d'exemplaires. La diffusion totale de la presse quotidienne à Taiwan est de plus de quatre millions d'exemplaires, soit en gros un exemplaire pour quatre ou cinq habitants.
Sans ressembler aux suppléments littéraires hebdomadaires des grands quotidiens étrangers à travers le monde, comme Le Figaro, , le New York Times ou le Times Literary Supplement, les périodiques locaux ont une rubrique « culture » qui couvre la littérature, les arts et des articles de fond sur les événements et les problèmes courants. De plus, les éditoriaux conventionnels des quotidiens et revues sont peu à peu remplacés ou, au moins doublés par une vox populi ou par des opinions de spécialistes d'une plus grande signification.
Depuis les années 70, des stations de radio locales offrent un service de 24 heures sur 24. Beaucoup recherchent une catégorie plus spécifiques d'auditeurs, tels que les chauffeurs de taxi ou les ménagères. Aujourd'hui presque toutes les ménagères ont leur poste de télévision, et, dans un même foyer, ce nombre atteint parfois deux ou plus, aussi la télévision est devenue un media de plus grande influence que la radio parmi les media les plus populaires. Cela le deviendra au fur et à mesure que la qualité des programmes s'améliore. Les trois chaînes de télévision émettent près de 80 heures par semaine. La plupart des programmes sont de production interne avec une petite proportion, comme les dessins animés pour enfants et les feuilletons à sketch hebdomadaires, qui provient de chaînes étrangères. Les programmes de télévision publique ont acquis plus de popularité et, depuis peu, l'Université nationale de Ondes de la République de Chine a commencé ses émissions télévisées.
Les parapluies de papier sont à la fois décoratifs et fonctionnels.
Le domaine entier de la protection et du développement de la culture, ainsi que de la formation d'institution d'ordre culturel, pose des défis complexes mais fort intéressants. Les événements soulèvent aussi des intérêts, car tous les efforts entrepris dans la production ou la renaissance culturelle ont dans le passé rencontré quelques difficultés. Comme on peut s'y attendre, la confrontation et la conciliation ont apporté des éléments culturels importants et nouveaux aux formes traditionnelles déjà en place. C'est un phénomène commun à travers le monde, et aussi en Chine. Il suffit de rappeler les problèmes qu'ont apporté la philosophie et l'art du bouddhisme en Chine au IVe siècle de l'ère chrétienne. Ce qui était d'abord considéré comme « étranger » et peu désirable a finalement conduit à l'épanouissement du néo-confucianisme et à la gloire de la peinture paysagesque des Song.
Aujourd'hui, la grande population de Taiwan — et pas seulement les familiers de l'histoire des civilisations — est optimiste quant à la nature conciliatrice de la culture chinoise contemporaine. Elle est confiante de pouvoir assimiler et adapter les éléments culturels étrangers ans altérer le riche patrimoine qui lui est propre. Les réalisations que de Chine a accomplies dans le domaine culturel sont allées si loin qu'on les entrevoit comme un phare grâce aux grandes chances qu'offre sa croissance économique spectaculaire de ces dernières années. C'est avec enthousiasme que les Chinois libres envisagent de nouvelles perspectives culturelles avec une recherche beaucoup plus vaste et une réalisation plus importante dans ce domaine d'excellence de la nation.
Dans les écoles élémentaires, le yoyo exige de grands talents acrobatiques et sportifs.
D'après Tsai Yuan-huang, professeur de théorie critique et d'analyse culturelle à l'Université nationale de Taiwan, à Taipei.
Photographies de Joseph Chen.
Note :
(1) Ces deux grands bâtiments font partie du Centre culturel national Tchang-Kaï-chek à Taipei.